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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 20:26
Afrique: Al-Qaïda et Daech, deux sphères du terrorisme sahélien

Revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), l'attentat terroriste qui a récemment frappé Ouagadougou pourrait poursuivre pour objectif l'endiguement de Daech en Afrique de l'Ouest en consacrant l'existence de deux sphères du terrorisme sahélien.

Assimilé à un "marquage de territoire" par AQMI, cet attentat, singulier puisqu'il touche une cible jusque-là épargnée par le terrorisme, sépare les zones d'action des deux groupes rivaux, Daech et Al-Qaïda, sur la bande sahelo-saharienne.

Le premier épicentre se situe dans la sphère couvrant le Nord-Est du Nigéria, l’Extrême-Nord du Cameroun, le Sud-Ouest du Tchad et le Sud-Est du Niger, sous la coupe de Boko Haram qui a prêté allégeance, depuis 10 mois, à l'organisation terroriste Daech et reste rattaché formellement à "la base régionale" de Syrte en Libye.

La deuxième sphère constitue, quant à elle, le plus important fief d'Al-Qaïda au monde, ses milices au Yemen ou en Syrie s'étant amoindries, combattues aussi bien par une alliance internationale que par Daech lui-même.

En pénétrant des terrae nullius du terrorisme, Al-Qaïda tire profit des ambitions d'un Boko Haram de plus en plus revues à la baisse, à mesure qu'il est neutralisé par une alliance, non encore formalisée, des armées des pays du Bassin du Lac Tchad.

Elle profite également de la circonscription du siège régional de Daech à Syrte (Libye), réduit à des combats de survie sans facultés d'extension.

De nouveau active dans le Nord du Mali après en avoir été chassé, un moment, par l'opération française Serval, début 2013, AQMI avait déjà remporté une première bataille symbolique contre Daech en prévenant le basculement d'Al-Mourabitoune dans le giron de l'organisation rivale.

Révélé au grand public, début 2013, par le sinistrement retentissant attentat d'Aïn Amenas, Al-Mourabitoune était pourtant "la revanche" de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar contre son exclusion pour "indiscipline" des rangs d'AQMI, quelques mois plus tôt.

Il finira par rejoindre ce dernier, après y avoir été quelque peu poussé par une allégeance non concertée du chef Oumar Sahraoui à Daech, qui semble avoir parié sur le mauvais parrain.

Contrairement à l'attentat de Bamako, en novembre dernier, revendiqué par Al-Mourabitoune dans un enregistrement sonore, ce sera AQMI elle-même qui revendiquera la frappe terroriste de Ouagadougou pour le compte d'Al-Mourabitoune, rétablissant ainsi, après avoir ménagé sa fraîche repentance, les liens hiérarchiques avec l'enfant prodigue.

Le distinguo qui est en train de se dessiner esquisse, en outre, des revendications politico-militaires différentes, quant à la finalité poursuivie, "le califat" dans le cas de Boko Haram, la lutte contre "les Croisés" et les gouvernements qui leur sont alliés, dans le cas d'Al-Qaïda.

Une dichotomie se présente, en outre, entre une sphère d'attentats-suicide VS celle d'assauts à la Kalashnikov, explicable, notamment, par la disponibilité des marchés des armes à proximité d'Al-Qaïda, celui des bombes humaines dans un fief paupérisé de Boko Haram.

D'un autre côté, le recours aux réseaux sociaux s'est particulièrement accentué dans la communication d'AQMI, consciente de son impact tant sur la psychologie des cibles (forces de l'ordre et civils) que sur la fascination de potentielles recrues.

Si ces procédés restent loin derrière les techniques de propagande de Daech, qui bénéficie de moyens nettement plus spectaculaires, ils pourraient néanmoins rectifier l'image d'un groupe usé et dépassé par l'avènement éclatant d'un nouveau rival.

En visant toutefois, prioritairement, des populations étrangères, AQMI aspire, au-delà des motivations idéologiques, à compenser ce manque de moyens, les médias occidentaux faisant volontiers leur une sur ces attaques, alors que les attentats suicides quasi-hebdomadaires de Boko Haram passent sous silence.

AQMI revendiquera, en outre, mieux porter son nom puisque son rattachement à "la maison mère" reste malgré tout structurel, alors que l'allégeance de Boko Haram et acceptée par Daech, ne semble revêtir, pour l'heure, qu'un aspect symbolique.

L'installation "durable" de cet état des lieux sera néanmoins tributaire de nombre de facteurs, au premier rang desquels figurent la paix définitive dans le Nord Mali et davantage de coordination au niveau sous-régional contre la porosité des frontières de la bande sahélo-saharienne, autoroute de tous les trafics.

Il dépendra également de la capacité d'AQMI à s'exporter dans d'autres pays de la sous-région, notamment en Côte d'Ivoire où l'armée est en alerte depuis des attaques terroristes dans le Sud du Mali, en juin dernier.

Le Ghana et le Bénin restent également des cibles privilégiées d'AQMI, dans cette étape qui s'amorce, dans la mesure où ils demeurent accessibles géographiquement. La circonstance qu'il s'agit en outre de quatre pays, avec le Burkina Faso, qui avancent, depuis plus ou moins longtemps, à pas sûr dans la voie de la démocratie, n'est pas pour atténuer la convoitise d' AQMI,

La rivalité avec Daech est opérante également dans la propagation d'une doctrine "authentiquement" fondamentaliste honnissant la démocratie.

S'agissant en revanche de Boko Haram, il a été amoindri de centaines de ses membres, sans être aux abois pour autant.

Une situation qui aurait amené, selon des rapports de renseignements, certains de ses lieutenants à se mettre en contact avec des groupes armés opérant aussi bien au Soudan que dans l'Est de la République Démocratique du Congo.

L'objectif demeure le noyautage de ces entités par "acculturation" terroriste, c'est à dire en donnant à leurs actions une telle revendication.

Sans bousculer les cartes géostratégiques d'une Force Multinationale Mixte (FMM) qui attend déploiement depuis plus d'un an, cette démarche pourrait perturber en créant d'autres zones de tension, désormais terroristes.

Par ailleurs, si l’idée que la puissante rivalité qui anime aujourd’hui les deux organisations terroristes, tourne en confrontation, n’est pas encore à l’ordre du jour, elle n'est pas à exclure pour autant, à la lumière de la surenchère actuelle de la violence, qui pourrait bien atteindre son paroxysme dans un avenir proche.

Safwene Grira

Cet article a d'abord été publié sur le site de l'Agence Anadolu sur le lien suivant
http://aa.com.tr/fr/afrique/afrique-al-qaïda-et-daech-deux-sphères-du-terrorisme-sahélien-/50768
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commentaires

mehdi mountather 14/03/2016 11:20

Ces attentats terroristes de Daech Qaïda Boko Haram les marionnettes de la franc maçonnerie et de l'Otan l'objectif de tuer les musulmans et diviser le monde arabe et la sécurité d'israél ce complot est tomber a l'eau parce que ces multiplies séismes en Maroc la mort de leurs patron satan et la fin du monde si la fin du monde Mars 2016 aux non musulmans de se convertir a l'islam aujourd'hui pour éviter l'enfer les signes de la fin du monde en islam sont terminer the end.

Safwene Grira

safwene grira

 


Safwene Grira est un journaliste et chercheur tunisien installé à Paris depuis 2007.

Juriste de formation et spécialiste de Droit Constitutionnel, il est Doctorant en Droit Public et travaille sur les libertés fondamentales dans l'histoire constitutionnelle tunisienne.

 

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